Ca y est, c’est les vacances. Enfin, pas tout à fait. C’est au moins la trêve estivale, une période de détente où l’on peut souffler un
peu. Les vraies vacances, c’est dans 3 semaines.
Cette période de relâche ne facilite évidemment pas la production de billets pour ce blog même si l’actualité politique n’a pas perdu en
intensité. Mise en cause des 35 heures, attaque sur le logement social, réduction des postes d’enseignants et offensive antigrève avec le service minimum, sarkozysation de la
Constitution… le gouvernement en a profité jusqu’au dernier moment pour mettre en œuvre sa politique au service des puissances de l’argent.
Mais l’événement qui a retenu mon attention ces derniers jours, c’est la polémique autour de Siné, le dessinateur et polémiste de Charlie Hebdo, et des propos qu’il a tenu sur le fils du
président de la République.
Petit rappel des faits :
Siné, dans sa célèbre zone, tance le fils du Président de la République pour son opportunisme. C’est à l’occasion de cet article que
Siné a été accusé d’antisémitisme. Je mets l’intégralité de l’extrait incriminé car il n’y a rien de pire que les citations tronquées.
"Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son
procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se
convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !"
Lors de la sortie de Charlie Hebdo, rien. Pas de hauts cris, ni de manifestations devant le journal, rien. Jusqu’à ce que, quelques
jours plus tard, Claude Askolovitch, directeur du Nouvel Obs et juge autoproclamée des valeurs de la « gôche », taxe ces écrits d’ « article antisémite dans un journal qui ne l’est
pas ».
Sur ce, Philippe Val, patron de l’hebdo et phare autoproclamé (lui aussi) de la pensée, pétant de trouille devant la possibilité d’un
procès, intime l’ordre à Siné de s’excuser ou de prendre la porte. Après quelques péripéties, Siné refuse de s’excuser et de se soumettre.
C’est à partir de ce moment-là que l’ « Affaire Siné » va prendre son envol. Les ayatollahs de la conscience de
« gôche », toujours en quête d’une affaire Dreyfus leur permettant de se hisser au niveau d’un Zola, ont pris le relais d’Askolovitch parti en vacances après avoir mis le feu aux
poudres. Ces derniers n’ont jamais compris que Zola ne cherchait pas la célébrité ou la gloire mais seulement la justice avec son « J’Accuse ».
Mais face à ces zélateurs de la pensée unique, des personnalités comme Plantu, Gisèle Halimi, Willem ou encore Olivier Besancenot,
Gérard Filoche et Clémentine Autain ont pris la défense de Siné face à Val et à sa meute.
Voici une adresse (qui en donnent d'autres) pour de plus amples informations : ici.
J’ai signé la pétition de soutien à Siné comme plus de 10 000 personnes. Non pas tant pour Siné lui-même que pour ce qui est en jeu dans cette affaire. L’enjeu est double.
Malgré ce que peuvent dire les BHL et consorts, c’est bien la liberté d’expression qui est attaquée par ceux-là même qui prétendent la défendre. C’est en fait leur vision du monde boursouflée de
conformisme, leurs valeurs libérales bourgeoises et leurs idées grotesquement bien pensantes qu’ils défendent. C’est aussi avec ces idées-là qu’ils veulent remplacer les idées de partage, de
transformation sociale, d’égalité, eux les chantres de la nécessaire modernisation de la gauche !! Car ce sont les mêmes, les Joffrin, les Askolovitch, les BHL, qui déblatèrent à longueur de
colonnes et d’antennes complaisamment offertes sur le besoin qu’aurait la gauche à devenir de droite, qui viennent défendre leur pote Val.
Philippe Val c’est celui qui a osé écrire au lendemain du non Irlandais « L’Huma, retrouvant la tradition du pacte
germano-soviétique, a titré en gros : "Merci". ». No Comment.
Leur démarche est représentative d’une gôche qui a complètement perdu pied avec son histoire, une gôche qui a renié ses racines, une
gauche qui s’est tellement droitisée qu’elle en vient à pratiquer le mimétisme idéologique. Elle a tellement peur d’effrayer le bourgeois (en fait de s’effrayer elle-même) qu’elle combat avec la
plus grande virulence tout ce qui sort du politiquement correct, du politiquement convenu, du bipartisme stable et rassurant. Il est clair que ces agitateurs bien pensants, ces philosophes
rances, ces éditorialistes nombrilistes ne peuvent mener les batailles qui devraient être celles de la gauche contre la casse sociale du gouvernement puisqu’ils sont d’accord avec cette
politique, ceux qui se réclament social et libéral…
La vraie bataille autour de l’affaire Siné est bien là, entre la gauche de renoncement, celle qui s’est vendue à l’ordre établi et une
gauche de conviction, prête à bousculer l’ordre immuable des choses.
Et c’est bien pour cela que la signature de Jean-Claude Gayssot au bas d’une pétition soutenant Val me déçoit profondément. Le nom de
celui qui fût l’initiateur d’une loi visant à réprimer ceux qui attentent à la mémoire des victimes de la shoah vient cautionner cette affaire nauséabonde.
Comme le dit Jean-Marie Laclavetine : « Nous avons besoin des outrances de Siné
». Oui, nous avons besoin de ces anars chiants et gueulards, jamais d’accord et toujours opposés à tout. Ils nous obligent à nous
réinterroger sans cesse.
Siné n’est pas antisémite.
Siné n’aime pas les cons.
Siné est un anar.
Vive Siné !
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