Transports gratuits, téléphérique....

Publié le par cyril

Voici l'intervention que j'ai prononcé lors du Conseil Communautaire de Clermont Communauté pour le groupe communiste à l'occasion de la présentation du pré-projet du SMTC.

 

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La marque d'une politique au service des habitantes et des habitants, c'est de se mettre en capacité de répondre aux besoins humains et de trouver les moyens pour le faire.

Pouvoir se déplacer, c'est une liberté et un droit fondamental. C'est d'ailleurs un droit garanti par la loi.

Se déplacer, c'est pouvoir chercher et avoir un emploi, c'est aller à la rencontre des autres, mais aussi découvrir son territoire, explorer le monde et ne pas en rester aux limites de son quartier, de sa ville ou de son village.

Moins de voitures, plus de vélos et de transports collectifs, c'est une évidence et une priorité pour la qualité de vie des habitant-e-s. Penser les transports avec la ville et penser la ville autour des transports est un enjeu indispensable.

Assurer à toutes nos concitoyennes et à tous nos concitoyens ce droit au transport, ce droit à la mobilité, tel doit être l'objectif du projet du SMTC. Se projeter à l'horizon 2030, c'est anticiper les besoins des habitants, la transition énergétique, l'accès permanent à l'information, une démographie différente et donc un aménagement urbain adapté aux enjeux des déplacements.

Le droit à la ville et aux territoires s'exprime par le droit aux mobilités et aux déplacements, c'est pourquoi, si le projet du SMTC vise haut, on peut pousser plus loin les propositions pour de nouveaux modes de transports collectifs.

 

1/ Nous devons être ambitieux pour notre territoire, ambitieux pour que les gens qui vivent sur ce territoire y vivent bien. Plus nous avons un réseau de transport en commun accessible et efficace, meilleures sont les conditions de vie de nos concitoyennes et de nos concitoyens, usagers des transports collectifs comme non usagers. La qualité du réseau, c'est aussi un facteur d'attractivité important quand on sait la place qu'occupe le transport dans le budget des familles et l'importance du temps passé à se déplacer.

Ainsi, il faut exploiter pleinement le réseau de transport en commun existant et améliorer le niveau de service. Il est, par exemple, nécessaire de finaliser la ligne C pour en faire un vrai Bus à Haut Niveau de Service avec une cadence toute les 7 à 8 mn et optimiser le service de nuit à partir des BHNS et des lignes les plus régulières.

Mais il est nécessaire aussi, et c'est un des apports des Rencontres Citoyennes de la Mobilité, d'interroger la pertinence du réseau pour répondre aux besoins de déplacement, pour relier les différentes communes entre elles et les quartiers de la ville centre.

 

2/ Nous avons besoin d'un réseau multimodal et interconnecté. Les villes et les territoires périurbains se sont construits autour de l'usage facile et économique de la voiture. Si les transports en commun ne peuvent se substituer à la voiture, la diversité en solutions de mobilités est un atout car elle permet à chacune et à chacun de choisir la meilleure option au meilleur moment selon les besoins et les aspirations des individus.

Les transports en commun, bien sûr mais aussi le vélo et la marche doivent être des axes forts de ces solutions de mobilités.

Il s'agit donc de penser plus « pôle multimodal » en y mettant de l'intelligence collective. On pourrait développer des lieux de mobilités qui soient à la fois de passage mais où on peut aussi s'arrêter par exemple dans des commerces de proximités avec des possibilité de branchement pour téléphones et ordinateurs portables ou encore des lieux pour le e-commerce.

 

3/ Le développement du territoire, le développement urbain et les réseaux de transports sont indissociables. C'est pour cela, entre autres, qu'une 2ème ligne de tram est nécessaire pour notre agglomération, une 2ème ligne qui passerait bien évidemment par la Gare et qui permettrait de structurer durablement le réseau de transport et notre territoire.

De la même façon, un haut niveau de service étendu au centre de toutes les communes principales de notre agglomération peut être un vecteur de développement important. Les notions de densité, de mixité des modes de transport et de mobilités doivent être davantage reconnue comme des « recettes urbaines » aptes à limiter les déplacements des voitures et à organiser le maillage du territoire.

Lier aménagement et développement, c'est aussi penser à l'échelle régionale par un haut niveau d'accessibilité du ferroviaire. Et même si cela ne relève pas du SMTC, débattre de la question des transports ne peut se faire sans avoir en tête la nécessité d'un vrai service public ferroviaire.

4/ un nouveau mode de transport et de voyage pour un territoire attractif

Mais le réseau de transport peut aussi trouver ses limites. Il y a de nouvelles demandes, de nouveaux besoins de mobilités, de nouveaux trajets à inventer. De nombreux lieux auraient besoin d'être mieux desservies

Pourquoi ne pas réfléchir à un mode de transport nouveau, un téléphérique, qui pourrait par exemple desservir l'aéroport, le Parc Montjuzet, les CHU, Aubière et sa zone commerciale, Royat, ou encore Cournon.

Sur de nombreux aspects, les transports par câble atteignent des performances élevées, comparable à des systèmes à haut niveau de service comme les tramways.

Un téléphérique n'a pas seulement pour objet d'être un outil de franchissement d'obstacle ; c'est aussi un mode de transport rapide et efficace. Il a de plus un intérêt économique puisqu'il coûte moins cher qu'un tram. Il ne modifie pas l'espace public comme peut le faire un tram, espace public qui peut ainsi être réservé à d'autres usages tels que la voiture mais aussi la marche ou le vélo.

Transports gratuits, téléphérique....

Enfin, les élus communistes proposent la gratuité des transports. Loin d'être la proposition démagogique que certains voudraient voir, cette proposition se veut responsable au regard des enjeux de mobilités, des enjeux sociaux et environnementaux et des enjeux d'attractivité du territoire.

La gratuité, cela a un coût et ce n'est pas seulement une question de tarif. Par exemple, l'école est gratuite parce qu'on considère que c'est l'ensemble de la société qui profite de la formation des élèves. Et donc, dans notre pays, nous considérons que c'est à l'ensemble de la société de financer l'école avec le système de redistribution des richesses qu'est l'impôt plutôt que de faire payer l'usager. Ce qui permet à tous les usagers une réelle égalité d'accès à ce service public.

On peut d'ailleurs se poser la question de la légitimité de faire payer l’usager des transports collectifs, alors que les coûts des autres modes de déplacement sont, pour l’essentiel, pris en charge par la collectivité (et donc par l’impôt) et peu ou pas par leurs usagers.

Le principe est donc le même avec la gratuité des transports. En quoi celle-ci profite-t-elle à l'ensemble de la société ? parce qu'elle permet de réduire la pollution en diminuant le nombre de véhicules sur les routes. Cette affirmation, confirmée par tous les réseaux de transport gratuit, est remise en cause par le GART, farouche opposant à la gratuité, à partir d études qui ne prennent pourtant pas en compte ces expériences réelles.

En 2013, 4 ans après la mise en place de la gratuité, l'agglo d'Aubagne a mené une étude sur le report modal dû à la gratuité. Permettez moi de vous citer quelques chiffres :

- en 2011, l'augmentation de la fréquentation est de 130 %

- 20 % des trajets supplémentaires ont été réalisés par des personnes qui n'auraient pas fait le déplacement sans la gratuité.

- 40 % des trajets supplémentaires sont réalisés par les – de 18 ans

- 50 % des trajets supplémentaires étaient effectués avant en voiture ou 2 roues motorisés ce qui correspond à 1200 à 1500 trajets économisés par jour.

- 20 % des usagers n'utilisaient pas le réseau de TC avant la mise en place de la gratuité.

 

En augmentant le nombre d'usagers, la gratuité des transports rend celui-ci plus efficient en diminuant le coût unitaire du transport.

La pollution, liée à la stagnation de particules fines dans l’air, constitue un véritable danger sanitaire pour notre société. La France comptabilise au minimum 30 000 morts par an ayant pour cause l’action négative des microparticules.

Face à cette pollution de l'air, le comité syndical du SMTC a décidé de rendre les transports en commun gratuits le temps des épisodes de pollution.

Si la gratuité des transports en commun est utilisée comme réponse lors de pics de pollution, c'est que la solution est pertinente pour favoriser l’usage des transport collectif et faire baisser les taux de particules fines et les émissions de Gaz à effet de serre.

Et si la tarification sociale est utilisée, avec une indéniable réussite, comme un élément favorisant l'usage des transports en commun, il est clair que la gratuité permet d'aller encore plus loin et de réussir encore plus efficacement à augmenter le nombre d'usagers des transports collectifs.

 

Transports gratuits, téléphérique....

Alors, pourquoi ne pas tenter une expérimentation qui nous permettrait d'en mesurer les effets ? Par exemple, cela pourrait se faire sur les moins de 26 ans ce qui ferait de Clermont-Ferrand, la ville la moins cher de France pour les étudiants et qui contribuerait à une attractivité certaine.

Ou comme à Dunkerque, expérimentons la gratuité durant les week-ends. Cela nous permettrait d'en débattre avec nos concitoyens et cela éviterait de répondre à leur place à des questions qui ne leur sont pas posés.

Évidemment et je l'ai dit, la gratuité est un investissement mais elle induit aussi des économies en réduisant le temps perdu dans les embouteillages, des économies en terme de santé publique et d’amélioration de la qualité de vie. En rendant notre territoire plus attractif pour les activités économiques et sociales, en rendant du pouvoir d'achat aux ménages, on agirait utilement sur le dynamisme de l'économie locale et on permettrait ainsi une augmentation des recettes de la taxe transport.

Si vous allez à Châteauroux Métropole dont le président est membre du parti Les Républicains, je vous invite à aller rencontrer Monsieur Paul Fluviaud, vice-président aux transports, peu suspect de sympathie révolutionnaire et pourtant éminent et respectable partisan de la gratuité. Ils vous apportera certainement les mêmes appréciations qu'à Aubagne anciennement dirigé par une élue communiste.

Et dans quelques mois, à Niort, dirigé par un membre de l'UDI ou à Dunkerque dirigé par un élu de la gauche social-démocrate, vous aurez aussi certainement les mêmes appréciations sur les effets positifs de la gratuité des transports.

Alors, si on avait du courage et si on essayait ?

 

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