Front de gauche, municipales et débat de fond...

Publié le par cyril

Le Front de gauche traverse une passe difficile. C’est le lot de tout mouvement qui se construit, qui s’installe et qui se développe. Le débat se cristallise sur les élections municipales. Il ne se fixe pas sur le fond des projets, des programmes municipaux ou des réponses à apporter à nos concitoyens mais plutôt sur la stratégie et l’orientation politique à privilégier pour ces élections. Cette crispation a lieu à un moment où le Front de gauche, ses portes paroles comme ses militants, devrait mettre toutes ses forces dans les luttes sociales et notamment la bataille contre la réforme des retraites et ainsi faire vivre le projet alternatif du Front de Gauche que nous avions élaboré en 2010.

Malgré tout, c’est un débat que nous devons affronter et mener en toute clarté, avec toutes celles et ceux qui espèrent dans le Front de gauche et qui jugent que celui-ci doit grandir et progresser.

Quels sont les termes du débat ?

De mon point de vue, ce débat n’est pas nouveau même s’il prend plus d’ampleur aujourd’hui. Depuis les débuts du Front de gauche, il voit s’opposer 2 orientations politiques et 2 regards sur la gauche. La 1ere considère qu’il existe 2 gauches qui seraient pratiquement irréconciliables et que l’on ne peut pas faire grand-chose avec le PS, avec ses élus, ses militants, ses électeurs. Cette analyse se nourrit du fait que le gouvernement actuel mène une politique de droite et qu’il n’y aurait plus beaucoup de différence entre l’UMP et le PS. C’est cette façon de penser qui conduit certains de nos camarades au Front de gauche à vouloir se classer dans l’opposition de gauche. Si cette orientation a le mérite de la clarté et de la simplicité, elle en a aussi les défauts et tend au simplisme. Or, le simplisme en politique (comme ailleurs), c’est la meilleure manière de s’aveugler soi-même. Cela revient à tirer un dangereux trait d’égalité entre le PS et l’UMP.

La 2eme considère que la gauche est diverse, que le peuple de gauche est divers et qu’il ne faut pas figer les positions des uns et des autres mais les faire évoluer pour rassembler. Sans rien renier de ce qui nous oppose, cette orientation considère que l’on peut construire des rassemblements avec des contenus radicaux et transformateurs dans la gauche.

Front de gauche, municipales et débat de fond...

Force est de constater, et n’en déplaise à certains, que cela existe aujourd’hui. Certainement pas autant que nous le souhaiterions mais il y a nombre de municipalités de gauche qui ont maintenu et développer leurs services publics, qui ont des politiques sociales extrêmement importantes pour les populations les plus en difficultés et qui mènent des politiques qui, en règle générale, ne peuvent pas être confondus avec des politiques de droite. C’est d’ailleurs souvent la présence d’élus communistes qui permet à ces majorités de gauche dirigées par des socialistes de ne pas perdre de vue les valeurs fondamentales de la gauche.

La théorie des 2 gauches, d’une gauche de gauche et d’une gauche de droite, a un terrible défaut. Cela sous-entend, de fait, que nous serions incapable d’imposer quoi que ce soit au PS puisque celui-ci serait irrémédiablement perdu sur le territoire de la droite. L’exemple clermontois de la bataille sur la T2C montre que la vérité peut être tout autre. C’est la puissance du rapport de force qui compte et donc, notre capacité à le construire en lien avec les salariés pour reprendre l’exemple de la T2C, pas de savoir si le PS est irrémédiablement de droite ou pas.

Elle a un autre défaut, elle divise les électeurs de gauche. Dire à des électeurs sincèrement de gauche qu’ils ont ou qu’ils vont voter pour la droite s’ils choisissent un autre camp que le nôtre, ce n’est pas la meilleure manière de débattre, convaincre et rassembler. Pour convaincre, il faut savoir tendre la main pas mettre des coups de poings.

Enfin, encore un défaut de cette théorie, à mes yeux, c’est qu’elle ne tient compte que des états-majors et des dirigeants et bien peu des millions de gens, y compris de nombreux élus de proximité, qui se réclament toujours de la gauche et avec qui il faut débattre et discuter.

Front de gauche, municipales et débat de fond...

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, cette différence d’analyse ne se réduit pas entre ceux qui voudraient faire des listes autonomes partout aux municipales et ceux qui militeraient pour des listes de large rassemblement pouvant inclure le PS.

A Clermont-Fd, par exemple, cette ligne de fracture se retrouve alors même que toutes les composantes du Front de gauche se sont prononcées, quelques fois avec des styles différents, pour une liste du Front de gauche. Par exemple, nos partenaires de la GA sont sur cette orientation. Cela les conduit, selon nous, à trop privilégier la dénonciation au détriment du rassemblement. Il n’est pas constructif de systématiquement se positionner en fonction d’une majorité sortante, dans une espèce de jeu de miroir. Parce que cela s’inscrit dans la certitude qu’on ne pourra jamais rien faire avec les élus socialistes, c’est une position de principe qui affaiblit l’espoir du changement, en laissant croire qu’une posture d’opposition de gauche est la solution. Mais est-ce bien cela que nos concitoyens attendent du Front de gauche ? Cette posture n’est-elle pas le signe d’une résignation, d’un refus de construire le changement tant attendu par les gens ? Se mettre soi-même dans l’opposition, n’est-ce pas s’interdire d’agir ?

La construction politique nécessaire au changement, ce n’est ni la roulette russe ni le positionnement confortable du « tout ou rien ». En effet, c’est au nom du tout que, le plus souvent, on n’obtient rien. Pour notre part, notre démarche se situe clairement dans la volonté de construire avec les salariés et les populations, les réponses aux besoins qui s’expriment. Avec eux, nous voulons créer les rapports de force qui permettront de changer la vie, ici et maintenant. Nous avons bien conscience de la difficulté de la tâche, nous savons aussi que nous pouvons échouer. Mais nous ne sommes pas les adeptes du « je vous l’avais bien dit » qui attendent et laissent se produire les catastrophes pour ensuite pouvoir les commenter.

Le Front de gauche a toujours eu la capacité à trouver un chemin consensuel et à rassembler toutes ses composantes pour nous permettre d’avancer tous ensemble. Allons-nous y arriver aujourd’hui ?

Que les débats soient vifs, que chacun-e essaient de faire valoir ses arguments, même en élevant la voix, quoi de plus normal : nous sommes, les uns et les autres, des militants passionnés et engagés. Mais que l’insulte, la caricature, le mépris tiennent lieu d’arguments, cela constitue un précédent dans le Front de gauche. Jusqu’à aujourd’hui, jamais personne n’avait utilisé ces arguments pour imposer son point de vue au sein du Front de gauche. Même au moment les plus tendus pour la désignation de notre candidat commun à l’élection présidentielle, chacun a pu faire valoir ses engagements sans recourir au mépris, à la caricature ou à l’insulte. D’ailleurs, quand le candidat a été désigné, tout le monde s’est rangé derrière lui et a tu ses craintes et ses critiques pour faire la plus belle campagne possible. Nous sommes bien placés pour le savoir, ici, où les militants communistes avaient choisi à plus de 85% André Chassaigne pour être le candidat commun du Front de gauche. Jamais ce choix n’a pesé, par la suite, dans la campagne. Cela veut bien dire que le Front de gauche peut sortir par le haut de situation difficile. Mais personne n’avait insulté personne. Du coup, personne n’avait insulté l’avenir.

Front de gauche, municipales et débat de fond...

Les municipales seraient-elles à ce point plus importantes que les élections présidentielles et législatives pour que le débat fraternel et respectueux, parfois musclé mais toujours correct que nous avions eu jusque-là vole en éclats et se transforme, ainsi, en engueulade généralisée, où la mesquinerie, l’insulte et le mépris tiennent lieu d’arguments ?

Comment comprendre que notre candidat commun, celui pour lequel nous avons arpenté des dizaines de km durant la campagne pour distribuer des tracts et coller des centaines d’affiches, celui pour lequel nous avons passé de si nombreuses soirées pour organiser la campagne, comment comprendre que celui qui a été le patrimoine commun du Front de gauche s’en prenne de façon aussi brutale aux militants et aux dirigeants du PCF, parti fondateur du Front de gauche. Qu’est-ce-qui justifie, depuis plusieurs jours, ce déferlement de noms d’oiseaux adressés à Pierre Laurent et à travers lui à tous les communistes de France ? Les municipales à Paris ?

Les municipales à Paris, aussi importantes soient-elles, réussiraient-elles le tour de force d’effacer près de 5 ans de luttes communes, 5 séquences électorales dont la présidentielle et tout ce que nous avons forgé ensemble ?  Il y a là quelque chose qui m’échappe, une attitude incompréhensible qui risque malheureusement de l’être tout autant pour les électeurs que notre front commun a remobilisé et rassemblé depuis 5 ans.

Je le dis fraternellement à mes camarades : une telle attitude met en danger le rassemblement, elle porte un coup à l’espoir que nous nous évertuons à construire ensemble. Je suis convaincu que le débat d’idées sur le fond reste l’arme absolue pour faire bouger les consciences, convaincre du bien-fondé de nos postions  et construire l’avenir.

 

Je reste un militant convaincu de

l’avenir du Front de gauche envers et malgré tout.

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G
Nouvelle pièce à verser au débat : la tribune de Gérard Mordillat, parue dans l'huma du 6 novembre (page 22, Tribunes et idées). Bien mieux écrite que je n'aurais su le faire, elle est la synthèse de ce que ressentent de nombreux camarades, militants et électeurs, concernant la situation politique actuelle et la stratégie à adopter vis-à-vis des socialistes.<br /> Gérard
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J
Camarade, <br /> <br /> Tu as beau retourner le problème dans tous les sens les faits sont là: à Paris et dans d'autres villes, le PCF a fait cavalier seul sans se soucier du Front de Gauche. Et ce, uniquement en regardant où était son intérêt. Dans ces villes, le PC n'a pas fait Front de Gauche, c'est une réalité.<br /> Comment veux tu que les militants des autres composantes du FdG le prennent bien?<br /> Dans les petites villes où le PC a fait liste commune au 1er tour avec le PS, comment crois-tu que le Front de gauche s'en sort? <br /> Mal, forcément mal...<br /> <br /> Fraternellement<br /> <br /> JC, <br /> Parti de Gauche
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E
A la lecture du &quot;Point de vue de Cyril CINEUX&quot;, secrétaire départemental PCF63, sur son blog, et qui vient de nous être soumis, il y aurait d’un côté ceux qui vont au fond des choses, et de l’autre ceux qui restent à la surface.<br /> <br /> Ce qui tend au simplisme (pour reprendre le propos) c’est justement de réduire notre positionnement vis-à-vis du PS, de ses élites dirigeantes, du gouvernement qui mène une politique de droite et que les premiers soutiennent sans sourciller, au rejet également de ses militants, de ses sympathisants et de ses électeurs. Cela relève de la caricature, et non pas de la volonté de débattre. Je ne ferai pas l’injure moi de croire à un tel manque de discernement dans notre expression.<br /> <br /> Nos réactions sont à la hauteur de la déception, de la désillusion que nos camarades d’hier, qui aujourd’hui font cause commune avec les sections du Parti Socialiste, ont délibérément provoqué.<br /> <br /> Alors quoi ? Pour préserver le Front de Gauche, poursuivre la construction d’ un rassemblement qui porte haut les espérances de nos concitoyens, nous devrions nous taire, ou faire écho à ces messages qui jettent le trouble ou sèment la colère chez ceux qui ont appris à notre écoute, chez ceux qui se nourrissent de notre discours pour distinguer nos propositions de transformation sociale, des politiques libérales qui sont mises en œuvre par le PS, ou par les démagogues des partis de droite ?<br /> <br /> Nous leur devons, au contraire, toute la clarté sur nos engagements, et donc nos alliances.<br /> <br /> Il nous faudrait accepter que la stratégie définie en commun, avec toutes les composantes du Front de Gauche, soit remisée le temps d’une élection, ou deux ou trois, ici ou là? Si les élections à Paris créent autant de réactions, il ne faudrait pas inverser les responsabilités. <br /> <br /> Comme il parait singulier de nous disputer notre préférence pour ceux qui font le choix de continuer avec nous, plutôt que pour ceux qui nous tournent le dos<br /> <br /> Vouloir laisser à penser que nous rejetterions tous ceux qui ne seraient pas adeptes de la pensée unique, voilà encore une contre vérité. Quand avons-nous fait de nos divergences l’alfa et l’oméga de nos relations partenariales ?<br /> <br /> <br /> <br /> Par ailleurs, qu’il y ait des municipalités dirigées par des équipes dans lesquelles les élus communistes jouent les garde-fous, pour reprendre le sens du texte de Cyril une fois de plus, est-ce vraiment rassurant sur la capacité des élus socialistes dans ces communes à ne pas dériver comme le font leur direction nationale, l’écrasante majorité de leurs députés, les ministres et le président de la république. La nécessité d’une présence accrue d’élus communaux et territoriaux du Front de Gauche est évidente à l’aune de cette affirmation. <br /> <br /> Mais pas à n’importe quel prix !<br /> <br /> C’est la raison pour laquelle il nous parait essentiel de pouvoir décliner nos orientations en pleine autonomie, sans compromis foireux avec la social-démocratie. Et pourquoi pas leur passer devant au premier tour, quitte à se rassembler sur notre programme au second. Le rapport des forces n’est heureusement pas immuable !<br /> <br /> <br /> <br /> Après avoir constaté que nous devrions faire FRONT de GAUCHE dans de nombreuses villes JL Mélenchon écrivait samedi 26/10 : &quot;Paris devait être le cimetière de la cohérence du Front de Gauche, c’est devenu le repoussoir le plus pédagogique de la ligne du retour dans le giron du PS. Massivement, les communistes refusent de ressembler à ces parisiens-là !&quot;.<br /> <br /> Je crois volontiers en cette perspective, beaucoup plus conforme à l'engagement initial des co-fondateurs du Front de Gauche, porteuse d'un enthousiasme à la hauteur d'une situation dont les faux débats pourraient nous distraire.<br /> <br /> Et si l'union est un combat, est-ce un pugilat ?<br /> <br /> ERASMI Christian<br /> Le Parti de Gauche<br /> Comité Uzège Pont du Gard
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D
ROUGE DE COLERE POUR<br /> UNE GRANDE AMBITION POUR LE FRONT DE GAUCHE<br /> Je vous prie de trouver sous ce pli le post in posté sur le site du PCF à la déclaration de Pierre Laurent face à des commentaires voulant nous faire prendre des vessies pour des lanternes.<br /> Que cache cette opération de dénigrement des dirigeants du PCF après l'épisode parisien ? Là est la grande question de l'avenir du Front de Gauche.<br /> <br /> &quot; De l'intérêt des populations<br /> <br /> Militant communiste de base, je ne peux accepter du traitement que nous fait actuellement Jean Luc Mélenchon et son fan club dont nous avons ici un florilège. la position du Parti communiste français sur les municipales n'est pas nouvelle (voir conseil national de fin mai 2013). En fonction de chaque situation locale, les adhérents ont décidé de la meilleure solution pour faire gagner la gauche et battre la droite et l'extrème droite aux municipales à Lyon , à Marseille comme à Paris. La primauté de l'adhérent ça se passe comment au PG? Je ne peux accepter l'opération de victimisation dont s'emploie à mener Jean luc Mélenchon dans ses deux derniers billets hebdo de son blog. Non il n'y a pas de gentils militants cocos et des méchants dirigeants du PCF. Je n'accepte pas cette ingérence de nous traîter de &quot;médiacrates&quot; ou de &quot; ceux qui nous ont trompés&quot;. Mais pour certains la meilleure défense c'est l'attaque. Car ce qui est nouveau au Front de Gauche ces dernières semaines, ce n'est pas la position du PCF mais c'est l'union sans condition du Parti de Mélenchon avec des transfuges d'ELVV qui pour certains étaient les candidats de la future majorité présidentielle aux législatives. Ainsi, on voit fleurir des listes autonomes PG ET ELVV dans des villes comme DIEPPE, ARLES contre les maires communistes sortants. Incompréhensible !Le coup de canif dans la démarche du Front de Gauche est lourd, très lourd. Mais l'intérêt des gens dans tout ça ne semble pas préoccuper grandement ces puritains révolutionnaires.&quot;
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R
en gros, t expliques comment tu vas finir dans la majorité dirigée par le PS... rien de nouveau sous le soleil en effet..<br /> Tirer un trait d union entre la direction du PS, ses militants et ses électeurs est une bien belle fable. Oui il y a 2 gauches dans ce pays et ce n'est pas nouveau, mais s'amuser à des glissements sur la caractérisation de la direction du PS et de leur politique, en les assimilant tranquillement à leurs électeurs est un must en la matière! Surtout que tous les électeurs du FdG sont électeurs du PS.. pour battre la droite... Ca devrait pourtant t empêcher de penser que les électeurs du PS approuvent la politique des directions locales et nationales du PS...
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