Plus que le score flatteur des listes Europe-Ecologie aux élections européennes, c’est tout l’arsenal sémantique et médiatique déployé pour nous abreuver de sens commun écologique qui doit nous interroger. En effet, comme le souligne avec justesse Paul ARIES dans la tribune libre de L’Humanité du 26 juin 2009, le « capitalisme vert » est en marche…forcée. Fait d’un mélange subtil d’images chocs, de nature tantôt idéalisée, tantôt massacrée par les activités humaines comme avec le film « Home » de Yann Arthus-Bertrand, de culpabilisation globalisante et de leçons de bonne morale « écologique » individuelle, de discours d’experts économiques « ès-croissance verte » déchargés de toute analyse politique de fond sur les systèmes économiques engendrant de telles conséquences, et d’autosatisfaction managériale sur la prise en compte du développement durable dans l’entreprise, ce néo-capitalisme montre à qui veut l’entendre qu’il s’est racheté une conduite. C’est pour lui l’occasion inespérée, en plein marasme financier, de se rendre enfin affectueux. Le « new deal capitaliste » veut du bien à la planète. Il sent la rose et l’air pur. Au fond du vallon, là-bas, Bambi mâchouille l’herbe tendre du printemps et ne redoute plus l’ardeur du réchauffement climatique avec son maillot Gucci…
La traduction de cette nouvelle offensive néolibérale ne s’est pas faite attendre dans le monde, en Europe comme en France. Le sommet de Copenhague du 7 au 18 décembre prochain sur le changement climatique, suite du Protocole de Kyoto, agite tous les analystes économiques « d’ambassades ». Une seule question les mobilise : qui se montrera aux yeux de tous comme le plus vertueux dans son engagement contre le changement climatique, tout en conservant ses acquis de grande puissance ? Nul doute que Nicolas Sarkozy, en grand prestidigitateur du bien-être planétaire, y fera figure de proue !
Mais la réalité de l’après-Kyoto et de l’application des recettes libérales à la lutte contre les émissions mondiales de gaz à effet de serre est loin de rassurer tant l’ensemble des pays émetteurs de gaz à effet de serre (GES) se sont éloignés des objectifs, pourtant très insuffisants, qu’ils s’étaient fixés en 1998. Qualifié de meilleur élève, l’exemple européen est pourtant particulièrement parlant. Avec la mise en place du système communautaire d’échange de quotas d’émission de carbone (SCEQE), l’Union Européenne a été la pionnière pour instituer un marché de permis de polluer échangeables sur un marché libre et non-faussé. Couplé au Mécanisme de Développement Propre (MDP) institué par Kyoto, cet outil est le pendant « écologique » de l’innovation financière qui a conduit à la crise financière que nous connaissons. Son soubassement idéologique est simple : permettre l’octroi « d’indulgences » aux firmes transnationales, « subventionnées-carbone » pour réaffirmer leur hégémonie planétaire en délocalisant leur activité dans les pays à bas coûts salariaux pour faire du développement « plus propre ». C’est la panacée pour les plus zélés exploiteurs qui trouvent là une véritable caution écologique pour délocaliser toujours plus vite. Les Maddof en culotte courte ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, ils spéculent déjà avec les premiers « hedge funds carbone » de ce marché promis à un bel avenir. Même Eloi Laurent et Jacques Le Cacheux, économistes de l’Office Français des Conjonctures Economiques (OFCE), pourtant loin d’épouser la pensée économique marxiste, y vont de leur critique dans la lettre de l’OFCE du 15 juin 2009 intitulée « Le grand bluff : l’Union Européenne et les Etats-Unis à six mois de Copenhague » : « le système européen est un instrument fragile, lacunaire et permissif (…) Le marché européen du carbone montre des signes préoccupants de fragilité depuis son lancement en 2005 (…) ». Plus loin, avec toutes les précautions de style pour ne pas choquer, ils s’interrogent : « les évaluations disponibles du fonctionnement pratique du MDP laissent apparaître de graves dysfonctionnements, au point qu’entre un tiers et deux tiers des projets n’aboutiraient pas dans les faits à de véritables réductions d’émissions (…) Il existe un risque de « fuite de carbone » (risque de délocalisation des industries européennes soumises à des normes environnementales contraignantes) ». Comme certains nous le répètent, faut-il voir dans ces fuites la simple conséquence de mauvais tuyaux ? Faut-il s’en remettre vaille que vaille à la capacité du capitalisme à s’auto-moraliser pour lutter contre le réchauffement climatique, ou remettre profondément en question ses fondements ?
En France, le Grenelle de l’Environnement constitue le cheval de Troie de la communication environnementale présidentielle, avec la caution apportée par les principales ONG environnementalistes. Montré en exemple comme le nec plus ultra de la modernité politique avec ses groupes de travail multipartites, ses tables rondes, ses conclusions et ses 238 engagements, il sert aujourd’hui d’assise pour légitimer toute une série de mesures anti-sociales. L’exemple le plus remarquable est la suppression de la taxe professionnelle des entreprises dont les ressources seraient substituées par une contribution climat-énergie (ou taxe-carbone) payée par tous. Pousser toujours plus loin le transfert d’une fiscalité juste et progressive, assise sur les revenus du capital et du travail, vers une fiscalité labellisée « écolo » faisant mine de pénaliser les pollueurs, telle est la vision séductrice qu’offrent désormais à chaque occasion les néolibéraux, Président de la République en tête. En nouveau chantre de l’écologie, ne déclarait-il pas à Versailles, le 22 juin dernier devant le Congrès : « Je souhaite que nous allions le plus loin possible sur la taxe carbone. Plus nous taxerons la pollution et plus nous pourrons alléger les charges qui pèsent sur le travail. C’est un enjeu immense. » Et pour cause… Nul doute que les plus pauvres en seront pour leur compte, eux qui, par la modération salariale et la précarité rampante sont contraints de construire leur logement avec des matériaux moins isolants, avec des systèmes de chauffage plus polluants, de prendre leur voiture sur de longues distances pour travailler en intérim, de consommer des produits bas de gamme à fort coût carbone… Salauds de pauvres !
Sur ce point, il est regrettable que la plupart des ONG et des acteurs associatifs de l’environnement se soient jetés, avec l’illusion d’un lobbying enfin efficace, dans le guet-apens écologique néolibéral. Ils n’ont cessé de valoriser le projet de loi de mise en œuvre du Grenelle de l’environnement et ses déclinaisons, énonçant uniquement quelques vagues réserves sur certains détails. Cette erreur, aux conséquences très lourdes pour l’avenir, ne surprend pas, tant elle reflète l’histoire et la sociologie des militants qui composent ces organisations, souvent plus obnubilés par leur rapport affectif à une nature idéalisée, qu’à la construction objective d’une société plus juste, plus humaine, plus au fait des avancées de l’écologie scientifique et par là-même, résolument engagée dans la préservation de l’environnement.
Plus récemment, l’apologie par la fondation Nicolas Hulot de la future « fiscalité-carbone » des entreprises présentée dans le journal Les Echos du 30 juin 2009, ne fait qu’amplifier cette dérive dangereuse. Les auteurs de l’article trouvent en effet dans la future contribution climat-énergie (CCE) « une opportunité de donner un nouveau sens à la politique fiscale (…) en faisant basculer les régulations pour qu’elles soient moins pénalisantes pour l’emploi tout en sanctionnant les excès de consommation d’énergie » et « un complément du système européen des quotas d’émissions pour les secteurs d’émissions diffuses ». Et d’ajouter sereinement « qu’il n’est pas question d’augmenter la pression fiscale » en faisant valoir le principe redistributif d’une « allocation universelle climat de 130 euros par an et par ménage ». Dans sa note transmise à la Conférence des Experts sur la contribution Climat et Energie que présidait Michel Rocard les 2 et 3 juillet dernier, la fondation justifie l’intérêt de la CCE en précisant qu’elle « rééquilibre les prélèvements obligatoires qui, depuis des décennies, sont de plus en plus lourds sur le travail (…) poussant de fait à des arbitrages en faveur de l’automatisation ou de la délocalisation et en défaveur de l’emploi ». En page 7 du même document, en gras, les auteurs sont on ne peut plus clairs : « nous proposons tout simplement de baisser les cotisations sociales patronales à concurrence exacte du montant collecté. De plus, diminuer le coût du travail sera bénéfique pour l’emploi. » La suite du document transmis à la Conférence n’est qu’une justification économétrique de la CCE. En évacuant d’un revers de main toute possible responsabilité de la logique capitaliste dans les désastres environnementaux à l’œuvre, elle légitime volontairement l’idée que les prélèvements obligatoires nuisent à l’emploi, qu’ils constituent l’élément déterminant dans les décisions de délocaliser. Curieusement, la contribution du MEDEF arrive à la même conclusion. L’ensemble de ces éléments démontrent, s’il le fallait encore, la grande cohérence idéologique de l’écologie de marché. Avec l’appui de porte-paroles et d’experts auto légitimés par les médias dominants - je pense notamment à Nicolas Hulot et Jean-Marc Jancovici - tous les ressorts sont activés pour justifier la défiscalisation du capital, l’accélération des délocalisations industrielles, et une « contre-redistribution » des richesses. On peut même s’étonner que La fondation n’ait pas songé à faire bénéficier les ménages les plus riches d’un « super-bouclier fiscal carbone », en lieu et place du modeste chèque de 130 euros annuel…
Il est encore plus regrettable de constater le suivisme parlementaire de la majorité des députés et sénateurs de gauche, qui, loin de porter une réflexion autonome et critique pour une véritable écologie sociale pour le XXIème siècle, se sont baignés avec une jouissance parfois non-dissimulée (certains ont applaudi lors des différents votes) dans le grand bouillonnement de l’auto-satisfaction de l’écologie de marché. Pour preuve, ils sont une poignée à avoir proposer des amendements autres que ceux transmis naturellement par les ONG sur le texte. Sur ce point, il faut en revanche objectivement relayer le travail de fond des élus communistes à l’Assemblée nationale comme au Sénat sur le texte. Bizarrement, ils n’ont pas manqué d’être raillés pour leur esprit de contradiction, pour leur attitude tatillonne, pour leur inadaptation au dépassement des clivages droite-gauche sur un sujet nécessairement fusionnel…
Devant ce constat, il apparaît essentiel, comme le préconisait Bourdieu, de mettre rapidement en marche « l’intellectuel collectif » pour allumer « tous les contre-feux » à l’illusion écologique libérale. En interne, la (ré)activation de la Commission Ecologie du PCF, la publication d’Ecologie et Communisme, et la mise en ligne de formations sur cette thématique doivent être saluées. Il faut maintenant travailler à ce que le plus grand nombre de communistes, avec leur apport spécifique, aient à leur disposition les arguments et les moyens de déconstruire ce nouveau discours dominant néolibéral, et de porter une autre perspective écologique. Les différentes initiatives de formation dans les fédérations constituent autant de moments privilégiés à saisir par les militants et les sympathisants intéressés, et l’occasion d’échanger et de conduire collectivement une réflexion novatrice sur l’enjeu écologique.
Julien BRUGEROLLES
Fédération PCF du Puy-de-Dôme
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Le jour du Conseil, la CFDT, bien implanté chez les assistantes maternelles, était
venue rappeler que les instance paritaires ne se réunissaient plus suite à l’annulation des élections par le Tribunal Administratif et qu’on ne pouvait donc voter un contrat qui n’avait pas fait
l’objet d’un dialogue avec les organisations sociales. Les assistantes maternelles étaient venues en nombre pour voir à quelle sauce elles seraient mangées.
Si nous
avons débuté notre campagne dès le début de l’année, cela n’a pas été le cas des principales forces politiques qui ont, pour leur part, démarré un peu moins d’un mois avant la date du scrutin.
L’UMP a volontairement évité de faire campagne pour ne pas subir le vote sanction. Cette situation convenait au Parti Socialiste, embourbé dans ses querelles internes et qui pensait recueillir
mécaniquement les fruits de la colère sociale. Les 2 redoutaient également avec la même appréhension la réédition du débat citoyen de 2005. Mais le choix de la protestation a massivement été
l’abstention. Celle-ci atteint un niveau record de 60% au niveau national et 57% au niveau européen. Le manque de lisibilité de l’Europe, cette courte campagne, l’absence de relais des médias, le
déficit démocratique de l’Union Européenne ont été des éléments favorisant fortement l’abstention. Le vote du traité de Lisbonne au Congrès a certainement été un élément déterminant dans le choix
de s’abstenir pour nombres de personnes. Le sentiment que « voter ne sert à rien » était en quelque sorte validé par la façon dont le président de la République, avec le soutien du PS, avait
décidé de faire adopter le traité de Lisbonne.
Pour seul débat, nous avons eu droit à une caricature avec l’émission d’Arlette
Chabot faisant la part belle à l’UMP et le PS et mettant les « petits » candidats en opposition les uns aux autres, pervertissant ainsi profondément le sens même de ce qu’est une élection. Je le
dis avec gravité : le traitement médiatique de ces élections n’est pas digne de ce que l’on est en droit d’attendre dans une démocratie. La dérive partisane et soumise d’une majorité de médias
depuis 2005 revêt de plus en plus un caractère anti-démocratique. Les citoyens n’en sont pas dupes. Nous ne pourrons pas faire l’économie d’une réflexion tant au niveau national qu’au niveau
local sur cette partialité des médias et ce qu’elle entraîne.
- Le Front de Gauche
La
droite prend prétexte du scrutin du 7 juin pour annoncer un 2° round de réformes antisociales qui va continuer à détricoter l’architecture sociale et solidaire de notre République en mettant à
mal, une fois de plus, les services publics, les collectivités locales, l’emploi public et condamnant les salariés à payer la crise des capitalistes et à être toujours plus la variable
d’ajustement des profits.
Après
bien d’autres, le Groupe Michelin s’appuie sur la crise pour diminuer les effectifs et augmenter la productivité et les profits. Après le licenciement des intérimaires et des salariés en CDD,
après les congés et RTT imposés, après les mesures de chômage partiel et une politique salariale désastreuse, les dirigeants de l’entreprise passent à la vitesse supérieure avec l’annonce d’un
plan massif de suppressions d’emplois. Celui-ci concernerait 1093 personnes et la fermeture de l’usine de Noyelles-lès-Seclin. Nous tenons à exprimer notre plus vive indignation face à ces
licenciements déguisés. Alors que Michelin réalise 357 millions d’euros de bénéfices pour l’année 2008 et que près d’un milliard d’euros ont été distribués aux actionnaires ces 5 dernières
années, Michel Rollier, PDG de l’entreprise, qui a touché quant à lui 5,3 millions d’euros en 2008, annonce vouloir « restaurer la compétitivité de l’entreprise ». En fait, cette annonce vise à
maintenir une rentabilité financière à 2 chiffres afin de satisfaire les actionnaires. Derrière les mots savamment utilisés : « mobilité », « restructuration », « compétitivité », « mesures d’âge
», « solutions attractives » se cache une réalité plus concrète. Pour des centaines de familles, c’est l’angoisse de l’avenir, les difficultés financières, des vies bouleversées. Qui peut croire
que les mesures de reclassement interne représentent une solution alternative pour des salariés et leurs familles ?
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